Bilqiss par Saphia Azzadine

Bilqiss  –  Saphia AzzadineBilqiss tient à la fois de la reine de Saba, dont elle porte le nom, et de Shéhérazade. En elle, le Verbe se fait femme. Bilqiss manie l’énigme comme la première, elle prolonge la vie par la parole comme la seconde. Elle est l’intelligence au pays de la bêtise, la beauté de l’amour là où les hommes ne font pas la différence entre leur sexe et une aubergine…
Plusieurs figures féminines dans ce livre, mais au fond un seul personnage, qu’il se nomme Bilqiss ou Léandra (journaliste juive new-yorkaise passionnée par l’événement). Une femme qui se venge, que la parole venge. Et pour cela, il n’est d’arme plus tranchante que la repartie. (Jacques André – Libération du 11 juin 2015)

5 réflexions sur « Bilqiss par Saphia Azzadine »

  1. Coup de coeur pour ce roman de Saphia Azeddine que je ne connaissais qu’à travers ses quelques apparitions chez Ruquier. De Bilquiss je retiendrai en particulier ce passage « vous n’êtes pas ceux que guident d’obscurs moralisateurs à la pensée frelatée, vous n’êtes pas ceux et celles qui obéissez à des obsédés sexuels vous carapaçonnant de lourds tissus et vous attifant d’une longue barbe ridicule (…) si vous l’étiez, vous ne mériteriez certainement pas de vivre »
    Bref, un long requisitoire, touchant, indocile, troublant, parfois drôle contre le fanatisme et l’interprétation trop facile et vulgaire du Saint Coran. J’ai adoré ce livre, interpellant et tellement en ligne avec les nombreux débats sociétaux. Hâte de lire les critiques des prochaines lectrices et de découvrir les autres ouvrages de l’auteure

  2. S. Azzadine est franco-marocaine et son livre a été inspiré par le viol collectif (et le meurtre) d’une jeune fille en Inde (selon sa biographie). Ce qui l’a décidé d’écrire un livre sur la violence faite aux femmes.
    Récit interpellant, d’autant plus que nous sommes actuellement tant confrontés aux fous de Dieu.
    Bilquiss est admirable, toisant du haut de ses convictions et de ses rebellions ce monde de frustrés sexuels qui interprètent le Coran à leur manière.
    C’est une héroïne et une martyre acceptant la lapidation plutôt que de se fourvoyer.
    Le monde pourrait peut-être changer si des millions de femmes décidaient de se rebeller contre leur condition sociale.

    1.  » Tout cela n’est qu’un cauchemar. Le mien va bientôt prendre fin mais le vôtre continue et je ne vous plains pas.  »
      Bilqiss préfère mourir que de vivre une vie de cauchemars et de soumissions !
      Chaque personnage est superbement décrit, les caractères, les émotions, les questionnements.
      J’ai été très émue à la lecture ce livre témoignage, hélas trop réel.
      Je le recommande chaleureusement !

  3. Elle se compare à Shéhérazade et moi, je la vois en Antigone : Bilqiss, courageuse et bravant les interdits pour dénoncer l’absurdité du système et affirmer l’intelligence de la femme qui, dans ce pays, n’a commis qu’un seul crime, celui d’être née femme !!!!
    Un livre choc qui fait réfléchir en ces temps de retour à l’obscurantisme…

  4. Que rajouter à tous les commentaires précédents sinon que moi aussi, j’ai beaucoup aimé ce livre en forme de réquisitoire au ton impertinent et souvent drôle ou émouvant, mais aussi dialogue ouvert entre les deux personnages principaux au fur et à mesure des chapitres. On est pris de pitié pour ce pauvre juge qui n’est pas de taille à résister à l’ouragant Bilqiss. L’appel à la prière, quelle morceau d’éloquence pour une religion au plus près du peuple, au plus près des êtres! Le plus émouvant, pour moi, c’est le texte de remerciement à la fin:
    « Merci à mon père Boualem Azzeddine de m’avoir saoûlée toute ma jeunesse avec des conversations interminables sur les choses de la vie, d’avoir ensuite éveillé en moi une curiosité jusque-là inassouvie, de m’avoir karchérisée de culture avec ses moyens à lui, de m’avoir écrit des poèmes avec des fautes d’orthographe quand j’étais triste, de m’avoir sagement transmis sa religion plutôt que de me l’imposer bêtement et d’avoir eu une foi incommensurable en sa femme, en ses filles et en ses fils. »
    Quelle plume! C’est sûr, je vais continuer à découvrir Saphia Azzeddine dans d’autres livres.

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