Une terre d’ombre, Ron Rash

ombreLaurel Shelton est vouée à une vie isolée avec son frère — revenu de la Première Guerre mondiale amputé d’une main —, dans la ferme héritée de leurs parents, au fond d’un vallon encaissé que les habitants de la ville considèrent comme maudit : rien n’y pousse et les malheurs s’y accumulent. Marquée par ce lieu, et par une tache de naissance qui oblitère sa beauté, la jeune femme est considérée par tous comme rien moins qu’une sorcière. Sa vie bascule lorsqu’elle rencontre au bord de la rivière un mystérieux inconnu, muet, qui joue divinement d’une flûte en argent. L’action va inexorablement glisser de l’émerveillement de la rencontre au drame, imputable exclusivement à l’ignorance et à la peur d’une population nourrie de préjugés et ébranlée par les échos de la guerre.La splendeur de la nature, le silence et la musique apportent un contrepoint sensible à l’intolérance, à la xénophobie et à un patriotisme buté qui tourne à la violence aveugle.Après Le Monde à l’endroit (Seuil, 2012), Une terre d’ombre prolonge une réflexion engagée par l’auteur sur la folie guerrière des hommes, tout en développant pour la première fois dans son œuvre romanesque une histoire d’amour tragique qui donne à ce récit poignant sa dimension universelle.Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle ReinharezNé en Caroline du Sud en 1953, Ron Rash est un poète, auteur de cinq recueils de nouvelles et de cinq romans, tous lauréats de prestigieux prix littéraires —Sherwood Anderson Prize, O. Henry Prize, James Still Award, Novello Literary Award, Frank O’Connor Award. Il est titulaire de la chaire John Parris d’Appalachian Studies à la Western Carolina University.

3 réflexions sur « Une terre d’ombre, Ron Rash »

  1. Par certains aspects, j’ai retrouvé « Sarn » de Mary Webb. La splendeur de la nature, l’ignorance et la peur provoquée par un physique dérangeant, inhabituel, l’intolérance qui mène au drame, les lieux considérés comme maudits; la musique en plus. Une lecture très plaisante.

    « Si solitaire qu’ait pu être la vie que j’ai menée ici, je n’en voudrais pas d’autre, dit Laurel, parce que autrement je ne t’aurais pas rencontré. »

    1. On pénètre dans ces lieux d’ombres, ce vallon de souffrances, pas à pas. On frémit aux possibles drame qu’on sent imminent.
      j’avoue qu’au départ je redoutais un récit ‘américain’ qui en règle générale ne me satisfait pas trop
      mais j’ai très vite accroché sans doute grâce à l’écriture, à ces descriptions minutieuses d’une nature sauvage
      Le pasteur a dit :- tout ce qui est humain avait été décidé avant que Dieu ne crée le monde …
      intolérance, ignorance, préjugés , tout est réuni ici pour nous donner un roman captivant

  2. Mon dernier roman de l’année 2015 : un très bon moment de lecture !
    On sent le drame se profiler dès le prologue…
    « Il regarda la glaise et imagina l’eau montant peu à peu, semaine après semaine, mois après mois. Tel le sommet d’un iceberg, une petite partie de la falaise ne serait pas submergée. Et personne ne se douterait qu’elle avait été immense au point de plonger dans l’ombre un vallon tout entier. Il regarda de nouveau dans le seau, l’eau y était encore trouble mais devenait assez claire pour qu’on voie que le fond abritait autre chose. Puis elle s’éclaircit davantage et ce qui gisait là prit une solidité ronde et pâle, à l’exception des trous qui avaient abrité les yeux. »
    Mais il vous faudra lire tout le livre pour savoir qui gît dans ce puits…

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