Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson

« Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie. J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché d’être heureux. Je crois y être parvenu. Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie. Et si la liberté consistait à posséder le temps ? Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ? Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu. »? ?…

2 réflexions sur « Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson »

  1. Indiscutablement mon coup de coeur de la sélection de cette année. Pendant quelques heures, j’ai couché dans une cabane au bord du lac Baïkal et j’ai partagé la beauté des lieux avec un homme en pleine phase de contemplation de sa « tectonique intérieure ».

    Un livre de poète et de fataliste à la russe (le pofigisme), dans une nature enveloppante et nourricière, où la liberté consiste (peut-être) à posséder le temps… Un auteur qui jette un regard contemplatif sur l’autre rive, qui a « admiré la vieillesse des arbres, apprivoisé des mésanges, saisit la vanité de tout ce qui n’est pas révérence à la beauté ».

    Et je ne résiste pas au plaisir de terminer par un des passages que je préfère: « Ceux qui creusent, ceux qui percent, ceux qui cassent, ceux qui malaxent et fouissent, ceux qui possèdent des pinces, ceux qui jouent de la foreuse, ceux qui se servent de grattoirs, de rostres ou de trompes, ceux qui rampent, ceux qui marchent, ceux qui volent et ceux qui se juchent sur le dos d’un plus fort, ceux qui imitent ou qui se griment, ceux de la nuit, ceux du jour et ceux du crépuscule, ceux qui voient, ceux qui sentent: tous sortent de la torpeur et viennent assister à la libération de l’eau comme ces amis qui accueillent un détenu, le jour de la sortie de cellule. Malgré le grand sommeil, ils n’ont pas oublié les gestes et les réflexes. Le peuples des insectes va envahir les bois et je me sens moins seul. »

    Un livre à savourer avec un dictionnaire! 🙂

    1.  » a tout moment des phoques émergent et fixent la rive. Ils contrôlent que le monde est toujours en place, vérifient qu’ils ont bien fait de choisir les profondeurs.  »

      Ce livre est un bijou ! l’auteur nous fait découvrir et partager à chaque instant l’aventure et l’extase

      Très beau !

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