Kinderzimmer, de Valentine Goby

kinderzimmerEn 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent une jeune femme survit, elle donne la vie, la perpétue malgré tout. Un roman virtuose écrit dans un présent permanent, quand l’Histoire n’a pas encore eu lieu, et qui rend compte du poids de l’ignorance dans nos trajectoires individuelles.

5 réflexions sur « Kinderzimmer, de Valentine Goby »

  1. Comme toujours dans la littérature concentrationnaire, on se sent mal à l’aise de dire que c’était un « beau livre ». Il faudrait trouver un nouveau vocable pour désigner ce type d’écrit nécessaire qui nous prend aux tripes. Primo Levi disait qu’il aurait fallu inventer une nouvelle langue pour décrire la réalité des camps. C’est ce qu’on retrouve dans ce livre avec tous ces mots non traduits (Ruhe Schweinerei, Sauhund,…) qui désignent cette nouvelle condition inhumaine, inédite dans l’histoire de l’humanité… C’est d’ailleurs exactement ce que Mila ressent quand elle se retrouve dans la ferme : « Mila a ce sourire léger devant le renversement de langue, les mots retournent à leur sens premier, animalier, une truie est une truie, une cochonnerie relève du cochon et toi, tu bascules dans le monde des humains. »

  2. Un livre grave et bouleversant, comme dit Isabelle. Un livre percutant qui décrit sans pathos inutile, et avec d’autant plus de poids, la vie quotidienne des femmes au camp de Ravensbrück et la difficulté de se remémorer. J’aime beaucoup le commentaire de Nathalie (et la citation) sur le renversement de la langue, même si je suis plus dubitative sur la nécessité d’inventer une nouvelle langue pour décrire une réalité terrifiante (Pardon Primo Levi!)… Il me semble que Valentine Goby a parfaitement réussi avec ses mots (de la langue existante) à décrire la facilité avec laquelle on quitte le monde des humains pour rentrer dans celui de la Schweinerei, qui devient alors la normalité. Edifiant…

    « Elle dire aussi, face au planisphère corné au mur du fond de la classe: il y a des choses en moi qui sont restées intactes. Elle fixera la fille à l’anneau rouge, qui lui ressemble tant à la descente du train, le 18 avril 1944, sur le quai d’une gare allemande que des panneaux indicateurs appellent Fürstenberg; elle lui dira que, par exemple, elle n’a pas oublié que le chien n’a pas mordu, que sa vie a tenu à cela, la vie tient à si peu de chose, à un pari. La vie est une croyance. Elle dira, aussi, qu’elle n’a pas oublié les premiers lilas du printemps 1945, qu’elle se souvient du 24 avril, du chemin boueux à la sortie de la ferme et du ciel extra-bleu, des prisonniers de guerre qui marchaient droit devant avec des ombres obliques, et d’elle, parmi les quatre mères, qui d’un bras tenait son fils enveloppé dans une couverture, et de l’autre a cueilli une grappe de lilas, mauve et odorante, en se jurant de s’en souvenir précisément, ce mauve tranchant sur la boue de la route et l’herbe fluorescente apparue sous la neige; elle dit mon lilas n’est pas dans l’Histoire mais c’est la mienne, mon histoire, le lilas marque le jour où j’ai marché sans contrainte pour la première fois depuis l’arrestation, sans autre nécessité que sauver mon fils et où j’ai cru que mon fils peut-être pourrait vivre. »

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